Les Nigérianes et WhatsApp: la formule gagnante

Naima Hafiz Abubakar et Salihu Ibrahim Dasuki, deux enseignants en systèmes d’information, respectivement à l’Université de Bayero à Kano et à l’Université de Sheffield Hallam (Angleterre), ont mené une étude auprès de femmes de la ville nigériane de Kano pour voir comment elles utilisaient le service de messagerie mobile WhatsApp. Ils voulaient savoir ce que l’application avait ouvert comme possibilités contribuant à leur donner du pouvoir. Ils sont arrivés à la conclusion que la création de revenus, les possibilités d’épargne, le développement des entreprises étaient toutes des capacités économiques étendues et offertes aux femmes par l’utilisation du téléphone portable et d’une application telles que WhatsApp.

Pendant leur étude, les chercheurs ont identifié deux femmes dirigeantes dans des groupes communautaires pour les aider à trouver des participantes pour l’étude. Celles-ci ont été sélectionnées en fonction de leur engagement actif dans les groupes communautaires. Elles devaient également posséder un téléphone intelligent. « Nous avons organisé des discussions avec les divers groupes de femmes, leur demandant comment elles utilisaient WhatApp et quels avantages, à leur avis, en résultaient », ont expliqué les chercheurs.

 

Un vecteur d’opportunités économiques

Les groupes WhatsApp ont permis aux femmes de Kano de réaliser des ventes en commercialisant leurs produits et services. Ces entrepreneuses envoient généralement des photos des produits et services aux clients potentiels pour qu’ils aient une image précise de ce qu’ils envisagent d’acheter.

Ces femmes d’affaires utilisent également WhatsApp pour informer leurs clients de l’évolution des prix. Compte tenu de la situation économique actuelle du pays, les prix du marché fluctuent quotidiennement. Les femmes utilisent le forum comme une plate-forme où elles peuvent afficher et discuter des modifications des prix du marché. Elles ont maintenant un meilleur accès à la clientèle partout au Nigéria. L’une d’elles dit:

J’ai connu une dame qui vit à Yola (à 910 km de Kano) via WhatsApp et elle est devenue l’une de mes plus fidèles clientes. Je lui envoie des produits qui coûtent des milliers de Nairas et pourtant je ne l’ai jamais rencontrée physiquement.

 

Un outil d’éducation politique et sociale

Murja’atu *, une femme au foyer âgée de 34 ans, a déclaré:

Au départ, je me suis toujours demandé comment communiquer avec les dirigeants élus, en particulier ceux qui sont à Abuja. Nous ne les avons vus que pendant la période électorale, mais aujourd’hui ce groupe en ligne me permet d’interagir avec eux plus fréquemment.

Safiya, une commerçante de 28 ans, a fait écho à son expérience:

Notre sénateur avait fait certaines promesses pendant sa campagne électorale et après un certain temps nous n’avions plus entendu parler de lui. J’ai soulevé la question de ce silence sur le groupe et les autres membres l’ont repris. Nous avons continué jusqu’à ce que la femme leader transmette notre message audit sénateur, qui a réagi.

Le partage peu coûteux et simple des informations sur les groupes a renforcé la capacité des femmes à apprendre et à obtenir des éclaircissements sur des concepts qui n’étaient pas clairs pour elles. Dans d’autres cas, elles ont pu obtenir de l’aide pour les devoirs de leurs enfants. Cela a été mentionné à maintes reprises lors de la séance du groupe de discussion comme l’une des choses les plus chères aux femmes pour faire partie d’un groupe WhatsApp.

WhatsApp s’est également révélé être une source précieuse d’informations sur la santé et la sécurité. Par exemple, Asabe*, l’une des leaders du groupe communautaire âgée de 41 ans, a raconté cette histoire :

Le mari d’un membre de notre groupe est un agent de santé. Alors, elle publie régulièrement des informations sur les pratiques en matière de santé. Lors de la dernière épidémie de choléra, je l’ai appris par son message. Cela inclut des mesures préventives telles que laver soigneusement les légumes, ajouter du sel pendant le lavage et faire bouillir de l’eau avant de boire.

Les participants aux groupes de discussion ont mentionné à plusieurs reprises que les groupes WhatsApp leur donnaient l’impression de faire partie d’une communauté. Il y avait un fort engagement à travailler ensemble et à résoudre les problèmes.

*Certains prénoms ont été changés

Cet article a été originellement publié en anglais sur The Conversation.

 

Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.