« La meilleure publicité d’un média reste son contenu »

Le MediaLabo a réalisé une série d’entretiens avec les Lauréats du Prix Francophone de l’Innovation dans les Médias. Le premier de ces entretiens a été accordé au Magazine trimestriel belge d’enquêtes et de récits « Médor« , qui a remporté le 3ème Prix.

Le MediaLabo (LML): Comment expliqueriez-vous l’innovation de Médor ? Quelle a été votre réflexion ?

Médor (M.) : L’innovation à « Medor » passe par différentes réflexions notamment autour du cadre lié au fonctionnement de la rédaction et au fonctionnement de l’entreprise et comment faire en sorte qu’un média ne soit pas qu’une affaire de journalistes, mais une affaire de lecteurs, de libraires. Nos réflexions ont également porté sur les outils utilisés comme les logiciels libres car le numérique occupe une place primordiale dans notre projet. Même si « Medor » est un magazine papier, ces outils peuvent avoir une influence sur la rédaction et l’entreprise, qui fonctionne en coopérative.

Il existe toute une gamme de logiciels libres qui permettent de soutenir les modes d’organisation du travail éditorial comme les plateformes de partage de fichiers ou les wiki. La seule différence est qu’après l’utilisation de ces outils du web, nous n’avons pas une sortie écran mais nous imprimons sur du papier.

Le graphisme web est assez différent de ce qui est possible sur papier, cela permet un travail collaboratif qui n’est pas possible avec les logiciels classiques comme la PAO.

LML: Comment avez-vous développé et réfléchi votre modèle économique qui est basé sur l’abonnement et comment voyez-vous l’intégration éventuelle du numérique?

M.: Il y a trois ou quatre ans, lorsque les 19 fondateurs s’étaient réunis pour réfléchir au projet, on ne s’était pas focalisés sur le support. La véritable préoccupation était la méthode. Cela partait surtout du constat des conditions de travail dans le journalisme. Il nous paraissait primordial d’améliorer le cadre de travail qui conditionne la qualité du travail fourni par les journalistes.

On a souhaité penser un média le plus indépendant possible, en s’éloignant des intérêts des grandes entreprises ou des financements publics. Nous avons de la publicité, mais elle est très réfléchie. Cette indépendance passe également par l’utilisation d’outils libres.

LML: Expliquez-nous la relation particulière que vous avez construite avec vos lecteurs…

 M.:Après les premières réflexions des 19 fondateurs, ces derniers ont commencé des « Medorware ». L’idée était de présenter le « produit » à de potentiels lecteurs et recueillir leurs impressions pour alimenter le magazine, ce qui a aussi permis de les fidéliser. Dès le lancement du premier numéro, nous avions déjà des abonnés et des lecteurs fidélisés. A la sortie de chaque numéro, nous organisons des soirées avec les lecteurs, parce que nous voulons être en contact avec eux. Nous participons à des événements comme le Live Mag et des conférences thématiques. Avec les coopérateurs, on réfléchit en ce moment à une participation toujours plus grande avec les lecteurs, afin d’en faire de véritable ambassadeurs du magazine.

LML: Comment expliquez-vous le succès de « Medor » dans le paysage médiatique belge où il est difficile de lancer un nouveau média, surtout imprimé ? 

M.: L’une des ambitions de départ de « Medor » était de se concentrer sur le territoire belge, parce que nous pensons qu’il y a un déficit d’information sur la Belgique en elle-même. Il y avait une vraie attente du lectorat en termes d’informations axées sur le pays, avec un souci d’aller en profondeur. De plus, compte tenu de la taille du pays, il était relativement aisé de se rendre auprès des lecteurs à travers les « MedorWare » organisés aux quatre coins de la Belgique. Avant de lancer le premier numéro, nous nous étions fixés comme préalable un certain nombre d’abonnés pour assurer la pérennité sur au moins une année du projet.

L’autre facteur d’explication du succès de Médor peut être son format. Nous n’avons pas cherché à faire dans la taille ou dans l’épaisseur. On voulait un petit magazine bien rempli, avec différents sujets et différentes façons de les traiter.

LML: Quels conseils donneriez-vous aux jeunes innovateurs dans les médias numériques au vu de votre expérience ?

M.:Quand on a lancé Médor, beaucoup de gens nous ont dit que cela ne marcherait pas. Ce que nous avons essayé de faire c’est de mettre en place le cadre et les conditions de la réussite, balisant ainsi le chemin de la réussite. Bien réfléchir à se positionner dans un contexte médiatique aide à se projeter et à anticiper les éventuels besoins. La meilleure publicité d’un média reste son contenu. Les gens réagissent finalement plus sur les questions de contenus que sur des questions de communication.

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